Débat chez Taddéi sur l’autorité. Pendant tout le débat, une (peut-être deux) mentions uniquement de la question de la légitimité de l’autorité. Beaucoup de bons arguments, mais chacun isolé, une île au milieu d’autres arguments plus ou moins bons. Pas de dialogue, de discussion à proprement parler. Clémentine Autain, que je kiffe bien pourtant, n’a pas le sens de l’argument, elle n’a que celui de l’exposition.

C’est d’ailleurs assez frappant comme la majorité des élites télévisuelles semblent parfaitement formés pour exposer leurs vues, mais n’écoutent que dans le but d’entendre des mots-clés qui déclencheront telle ou telle nouvelle exposition d’idée. Pas d’écoute et donc, malheureusement, jamais de réponse. C’est j’expose / Tu exposes / On passe à autre chose. C’est con.

Pourtant, cette question de la légitimité est le centre de la question de l’autorité, non ?. L’avocat un peu ridicule, celui qui est tout maigre, un peu vieux, qui a un oeil qui se barre et qui ne se départit jamais d’une expression ombrageuse en regardant par en-dessous et parlant en tribun Romain. C’est à dire avec un mélange de compétence et de démagogie assez navrant au final. Lui, Autain et Sibony proposent quelques belles phrases. Mais aucun n’est capable de tenir ses positions sans sombrer dans des tirades et en haussant le ton, ne faisant qu’affirmer la même chose, sans écouter ce que les autres ont à en dire.

Plus ça va moins je supporte cet aveuglement qui consiste à croire qu’on a raison et que par conséquent les autres ont tort. C’est au fond le fantasme de la vérité. On confond la justesse avec la vérité, les faits avec la vérité. Plus ça va moins je suis sûr que la vérité existe réellement. Il n’y a que des faits et des esprits qui les regardent. Les causes nous échappent. Ou plutôt la cause nous échappe. On peut distinguer des causes, mais la somme de toutes les causes, qui finalement détermine ce qui finit par effectivement se passer, n’est pas à notre porté cognitive.

Pourtant je ne pense pas que cela signifie qu’on ne peut rien comprendre ou prévoir et que l’action délibérée n’a pas de sens. La seule chose que nous pouvons faire est de déterminer les principes de notre action, au fond, la morale. On peut agir, on peut même faire des projets qui marchent et avoir des actions qui ont les effets espérés. Mais on ne peut pas en être sûr et il convient donc de ne pas accepter des situations ou des actes dont le bon sens nous dit qu’ils sont pourris en croyant qu’un quelconque fonctionnement abstrait, dynamique, du système établira un équilibre qui serait souhaitable.

La question de la légitimité de l’autorité procède de ces principes. Seule peut s’exercer une autorité qui est légitime. Ça devrait être évident. Une autorité illégitime n’est rien d’autre qu’un arbitraire.

Mais alors, où se fonde la légitimité ? C’est ça la question. Suis-je légitime parce que je suis élu ? Parce que je suis bon ? Parce que je suis compétent ? Parce que je suis charismatique ? Parce que je fais appliquer le règlement ? Parce que j’applique la loi ? Mais le règlement que je fais appliquer, en quoi est-il légitime ?

Bref, l’autorité n’est pas une question d’ordre, mais de loi. Au fond, c’est quoi la loi ? En quoi une loi diffère-t-elle d’un règlement ? N’est-ce pas le cas qu’un règlement n’est qu’une suite de règles édictée par une autorité plus ou moins arbitraire alors qu’une loi est l’émanation d’un principe collectif ?

On confond trop loi et réglementation. Peut-on aller jusqu’à dire que la loi a vocation à garantir la liberté alors que les règlements de la limiter ?Certes, certaines lois ne sont autres que des suites de règlements. Mais ce n’est pas une question juridique, c’est une question philosophique ou sociologique. Que le législateur vote des lois qui ne sont que des règlements ne change pas l’argument. Je suis pour les lois qui énoncent les principes fondant la société, contre les règlements qui détaillent les choses qu’on peut et ne peut pas faire. C’est une question de complexité. On ne peut pas anticiper les tenants et aboutissants de chaque situation, donc il faut se limiter aux principes et ne pas contraindre dans le détail.

Cette approche de la loi comme réglementation est d’ailleurs à la source de l’embolie législative. A quoi ça sert de faire une loi contre le trafic de prostituées, par exemple, alors que tous les actes nécessaires au trafic de prostituées sont déjà proscrits par d’autres lois : séquestration et privation de liberté, sévices, esclavage, etc. A-t-on besoin d’une nouvelle loi qui interdit le trafic de prostituées pour condamner un réseau de types qui séquestrent des femmes, leur infligent des sévices, monnaient leurs corps sans leur consentement ? On avait le droit de faire ça avant ? Merde, si j’avais su.

Bref, il me semble que la question de l’autorité a quelque chose à voir avec tout ça. Faire appliquer le règlement, c’est un truc de con. Faire régner la loi, c’est un truc intéressant.