A Vancouver, où on va faire du visioning la semaine prochaine, pour savoir quels produits les clients voudront acheter dans 3 ou 5 ans, puis le lendemain quelles capacités de production il faut mettre en place pour rendre ça possible.

Ça j’aime bien, c’est de la stratégie, de la prospective, ce n’est pas juste orienté sur l’économie de coûts, etc.. Puis, je lis dans le rapport annuel de J&M que Peter a parlé aux analystes de ce projet, qui s’appelle Launchpad, en expliquant que ça allait amener des économie à l’horizon 2011 (3 ans) de l’ordre de 50 à 75 Millions d’Euros (ou de dollars, je ne sais plus).

J’aimerais bien savoir où il a été chercher ce chiffre. Moi je ne fais que l’un des workstreams de ce projet, où nous n’avons strictement aucune idée du genre d’économies que nous serons en mesure de réaliser.

Mais il en va ici comme partout. On sort un chiffre, et après il faut y arriver par tous les moyens. Ce chiffre que Peter a sorti, sans doute un peu hâtivement préparé, juste pour faire le bon effet à l’analyst call de Juillet, ce chiffre, dans deux ans, deviendra un impératif catégorique justifiant toutes les décisions absurdes pour réduire les coûts. Les analystes vont mettre ce chiffre dans leurs calculs, le prix de l’action sera ce qu’il sera, puis deux ou trois trimestres avant, il y aura une mauvaise surprise, car les coûts n’auront pas baissé autant que prévu, et il faudra alors lancer un plan d’urgence de réduction des coûts, sinon les traders appuieront sur la détente et les stocks options de Jürgen (leur CEO) et Peter perdront la moitié de leur valeur.

Sinon, moi je viens de voir mon bonus. Je touche, pour le 4ème trimestre plus le bonus annuel, 21500 dollars. Bon, étant donné le taux de change, ça fait quand même beaucoup moins d’Euros, et ça c’est du brut de chez brut. Moralité, net, ça me fait moins de 12000 euros. Mais en fait, il n’y a que 7500 dollars de partie discrétionnaire. Le reste, c’est du naturel, que j’aurais touché de toutes façons juste sur la base de la performance de la boite. Donc j’ai quand même un peu l’impression de l’avoir dans le cul. J’ai dit l’autre jour qu’à moins de 10000 j’aurais eu l’impression qu’on se foutait de ma gueule, j’ai eu chaud, on n’est pas passé loin. Apparemment, sur 17 personnes éligibles, nous ne sommes que 7 à avoir eu un bonus discrétionnaire. En imaginant que tout le monde ait eu la même chose (Thomas n’arrête pas de me répéter que j’ai eu le plus gros, mais bon, ça je n’en suis pas sûr), ça fait très exactement 52500 dollars de bonus spéciaux.

Chuck, le CEO, lui, s’est vu octroyer $450 000 de bonus. Donc ça va pour lui. Même si l’on ajoute les bonus de la couche supérieure directement en dessous de lui, il touche à lui seul un bonus supérieur à celui de tous les autres mis bout à bout.

Chuck peut mettre à son crédit, à peu près directement, environ $15 000 000 de chiffre d’affaires. S’il était commercial de base, il toucherait 3% de ce montant, soit, oh miracle, $450 000. Je comprends donc comment il a raisonné pour faire accepter au board ce bonus. Le problème c’est qu’il n’est pas commercial, et que son salaire de base n’est pas dimensionné en partant du principe qu’il va toucher des commissions sur ce qu’il vend. Mais bon, au moins il y a une justification. Cependant, je vous le demande, le fait qu’un CEO demande comme bonus la même chose que la commission d’un commercial, ça n’en dit pas un peu long sur la valeur qu’il sent lui-même apporter à la boîte ? Je veux dire s’il considère que son bonus doit être lié au chiffre d’affaires qu’il a vendu lui-même, ça veut dire qu’il n’arrive pas à justifier sa contribution personnelle au succès de la boîte, à la marge qu’on a générée, bref, à la performance de la boîte en général. Nul.

Ceci étant dit, aujourd’hui, si ça se trouve, je ferais pareil à sa place, si je pouvais.

Par exemple, l’autre jour j’ai eu l’idée de demander une réduction de mon bonus pour que Josiane puisse en avoir un bout. J’y ai pensé, puis je me suis imaginé me privant de 3000 euros comme ça, par simple générosité générique, et j’ai su tout de suite que ça ne le ferait pas...

Quel que soit mon discours sur le fait que je gagne trop, que l’on peut vivre mieux avec moins, et bien bon, tant que je ne vis pas mieux, il n’y a pas de raison que je gagne moins.