Déjeuné avec Emmanuel aujourd’hui. C’est à un autre déjeuner avec Emmanuel que ce journal a vraiment commencé. Il pense que cette histoire de portraits structurés n’est pas une bonne idée. Je suis finalement assez d’accord avec lui que la posture du cadre supérieur au sein du milieu de la mondialisation qui fait son œuvre en secret est une belle posture qui est en soi à conserver. Les portraits devront être plus informels, dépendants des informations que j’obtiendrai au fur et à mesure de mes interactions informelles avec ces personnages. Commencer à raconter que je suis en train d’écrire quelque chose ayant trait à ce jeu international pourrait être contre-productif. Mais il y a bien un ou deux de ces personnages dont je devine que la vie ne s’arrête pas à leur fonction et leur carrière.
On verra, j’improviserai.
J’ai encore parlé à Hermann aujourd’hui de cette question des coûts en amont de leur travail. Il continue à me soutenir que ces coûts n’existent pas, que c’est du travail uniquement intellectuel. Il n’y aurait absolument personne, en Autriche, dont le travail consisterait à aider les créateurs internes à rassembler, compiler, vérifier, préparer, saisir, formater les matériaux des produits dans une forme exploitable par le service de production, alors qu’en France ils en dénombrent environ 120 et en Italie 140. En Autriche, il n’y en aurait que 11 et ils seraient tous dans le service de Hermann.
Je sens que tout le projet va finir par se cristalliser autour de cette question. Soit ces gens existent en France et en Italie mais n’existent pas en Autriche, auquel cas il va quand même falloir se demander pourquoi et cela va avoir des conséquences énormes, soit ils existent aussi en Autriche mais Adriaan et Hermann persistent à les considérer hors scope, auquel cas il faudra bien aussi les considérer hors scope en France et en Italie. Dans ce dernier cas, alors, il va falloir revoir complètement comment on mesure ces gens, et on finira sur des chiffres de productivité divergeant globalement soit d’un facteur 2, soit d’un facteur 10. On se retrouvera alors de nouveau à comparer les produits issus de ces processus afin d’en identifier les causes dans les spécifications des produits. Les choix de réduction de coûts deviendront alors des choix marketing, pas purement techniques ou d’efficacité.
Cela me conviendrait tout à fait, car cela signifierait que nous parlons de nouveau du métier et que les décisions se posent autour des produits et des clients. Nous quitterions le monde de l’irrationnel et reprendrions une activité créative et créatrice.




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